DUPONT
Olivier


Architecte D.P.L.G.

 

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T.P.F.E.
UN HAVRE URBAIN...
... : le port de Vannes.

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HISTORIQUE ...  

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VILLE RENTIERE, VILLE DE CONSOMMATION : L’IMPLOSION (1815 à 1900)

aaa Tout au long du XIXème siècle, Vannes vit pour elle-même et par elle-même, ne percevant que l’écho affaibli des grandes pulsations de la vie nationale. Peut-être même, trop introvertie, a-t-elle raté son XIXème siècle. En tout cas, les chemins qu’elle emprunte pèsent encore de nos jours sur sa nature comme un héritage dont elle a du mal à sortir. Déterminisme génétique, quand tu nous tiens !... Mais est-ce à dire qu’il ne se passe rien à Vannes durant un siècle ? Certes non! Vannes est un peu l’archétype de toutes ces villes de Bretagne et d’ailleurs, qui laissent passer à côté d’elles le mouvement d’industrialisation ou du négoce, à une période où la France reste et demeure un pays fondement rural, dans son économie et sa société. De ce point de vue, son histoire aux XIX, et XXème siècles prend par certains aspects un caractère exemplaire, de modélisation de toutes ces villes qui consomment plus qu’elles ne produisent ou ne vendent. Et, peut-être, au travers de cette histoire, se comprend mieux celle de l’urbanisation française des “ villes ordinaires ”.

Le déclin des productions héritées

aaa Certes, ce n’est pas à Vannes qu’il faut chercher la grande activité manufacturière dans la première moitié du XIXème siècle. Pourtant existent dans la ville des activités de production relativement nombreuses et le renom de certaines dépasse largement les limites de la province. Or, toutes s’effondrent sous le second Empire et celles qui subsistent ne le doivent qu’à la nouvelle conjoncture locale des débuts de la troisième République. L’héritage de l’Ancien Régime prend fin dans les années 1860, après avoir connu une relative prospérité depuis l’Empire.

La construction navale

aaa C’est le cas, en premier lieu, de la construction navale. Vivant sur une réputation ancienne, les cinq chantiers qui lancent encore douze navires de plus de 100 tonneaux en 1838 ne sont plus que deux en 1859, voués à la construction de petits canots à usage local ; et de 150 ouvriers employés toute l’année, n’en subsistent qu’une vingtaine fréquemment au chômage. Le temps des commandes venues du Cotentin à la Gironde s’achève quand le tonnage moyen des caboteurs s’accroît sensiblement. Inadaptation ? Sans doute, puisque le percement de la butte de Kérino achevé en 1823 pour donner au port un accès plus aisé n’empêche pas celui-ci de s’envaser inexorablement et de limiter l’entrée aux navires de 2,4 mètres de tirant d’eau. Mais rien n’est jamais entrepris pour dévaser le port, malgré la récurrence de ce thème dans les délibérations du conseil municipal jusqu’à la fin du siècle et même au-delà. Surtout, rien n’est jamais entrepris non plus par les constructeurs pour transférer en aval leurs chantiers. Au contraire, et ceci est parfaitement représentatif de toute l’évolution économique vannetaise dans la seconde moitié du XIXème siècle: la dynastie des Le Fol, charpentiers de marine de père en fils et d’oncle en neveu depuis des générations, se replie sur la rente que lui procurent la quinzaine d’immeubles qu’elle possède au voisinage du port. A l’inadaptation physique des chantiers répond en fait un changement de comportement à l’égard des revenus et du capital. Dans sa chute, la construction navale entraîne celle des activités qui lui sont traditionnellement associées, corderie, voilerie, fonderie de fer et de cuivre, importation de bois, chanvre, goudron, etc. C’est donc un pan entier de l’économie locale qui s’effondre, car si certaines de ces activités subsistent, ce n’est plus qu’à l’état larvaire, pour répondre à une demande strictement locale. C’est bien la fin d’une époque, mais c’est aussi une rupture dans les structures sociales populaires. Par l’exil à Lorient ou à Nantes des quelque 150 ouvriers de la construction navale, la ville perd une grande partie de son élite populaire, celle qui partage avec les imprimeurs la plus grande spécialisation l’urbanisation la plus ancienne et qui entretient des liens originaux et spécifiques de sociabilité interne. Vannes tourne le dos à la mer et, ouvrant ses bras aux émigrés ruraux, prolétarise sa classe populaire. (...)


Vannes en 1860. Les grandes propriétés écclésiastiques, nobiliaires ou devenues Biens Nationaux sous la révolution ceinturent une ville encore à peine sortie de ses remparts.EXTENSION URBAINE ET BOULEVERSEMENT DES ESPACES SOCIAUX

aaa En 1860, à l’aube des ruptures internes, Vannes présente encore une image proche de ce qu’elle était à la fin de l’Ancien Régime. On a très peu construit depuis, et la ville n’a connu que de modestes transformations. Le trait le plus frappant de sa morphologie est la division de la ville en deux noyaux distincts. D’une part, l’intra-muros ceint de ses remparts intacts au pied desquels on n’a pratiquement pas construit, espace clos épousant grossièrement la forme d’un coeur, ne mesurant guère que 450 mètres du nord au sud et 250 à 300 mètres d’est en ouest. D’autre part, le quartier Saint-Patern au nord-est dont ni l’origine ni le contenu n’autorisent l’appellation de faubourg, sorte de ville-bis hors les murs, reliée à l’intra-muros par la rue Saint-Nicolas qui enjambe la Marle, modeste ruisseau mais véritable frontière entre les deux noyaux avec ses marécages étendus, point de passage obligé pour une grande partie de la circulation de transit. Enfin, sur l’intra-muros, se greffent encore trois excroissances. Au nord, le quartier de la Boucherie, en contrebas des remparts, venant s’achever sur les marécages de l’étang de l’Evêque ; à l’ouest, l’ancien faubourg Saint-Salomon, siège d’une paroisse hors les murs sous l’Ancien Régime, et, au sud, le port, seul lieu qui ait connu quelques transformations dans la première moitié du XIXème siècle. Mais la véritable limite de Vannes avec la campagne environnante est constituée par les anciennes propriétés ecclésiastiques qui ceinturent totalement la ville et promues depuis la confiscation des biens du clergé à des destinées administratives ou fonctionnelles. Ainsi la maison centrale de détention, la manutention, les tribunaux, la caserne d’infanterie, les hôpitaux civils et militaires sont-ils tous hors du périmètre habité, jouxtant les établissements religieux réinstallés depuis la Restauration, le grand séminaire, l’évêché, le collège Saint-François-Xavier, les couvents de la Charité-Saint-Louis, des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, etc. La ville est faite de tous ces espaces distincts, de ce mélange d’habitat concentré, d’espaces libres voués aux cultures maraîchères, de marécages et d’étangs. Le changement d’affectation des grandes propriétés n’a pas modifié la structure urbaine, figée depuis des décennies à l’intérieur de ce carcan. (...)

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