DUPONT
Olivier


Architecte D.P.L.G.

 

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T.P.F.E.
UN HAVRE URBAIN...
... : le port de Vannes.

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HISTORIQUE ...  

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 DU PONT-VERT A LA SENTIERE. LE LAIS DE MER DE TRUSSAC


aaa Mais l’histoire n’est pas finie pour autant... En octobre 1863, le directeur de l’Enregistrement s’inquiète auprès du préfet de ce que Le Masson n’a toujours pas payé le 1/5ème qu’il devait le mois même de l’adjudication. Pire, on s’aperçoit qu’il est sur le coup de poursuites judiciaires de la part de nombreux créanciers. Or, on a oublié de lui demander une caution... Sous la contrainte, il se libère de ce 1/5ème à la fin octobre. Le 10 février 1864, voulant établir un barrage provisoire au Pont-Vert, Le Masson occasionne la chute du pont... La mer s’engouffre dans l’ancien lais, emportant les culées et près de 30 mètres de digue. Le 3 mars le préfet met en demeure les Ponts-et-Chaussées de reconstruire en 24 heures le pont. Mais qui va payer ? Le coût est estimé à 997 francs et Le Masson est insolvable. En mai 1864, le pont est rétabli. En octobre de la même année, Le Masson est incapable de se libérer du second cinquième de son acquisition. Aussi, le préfet prononce-t-il à son encontre un arrêté de déchéance le 4 avril 1865.

aaa Encore une fois, nous voici revenus à la case départ ... Sans doute la lassitude de l’administration d’avoir à remettre en route toute la procédure de cession conduit-elle à un compromis. Le Masson cède ses droits le 1er juin 1865 par acte passé chez le notaire Beauchêne, à Alphonse Liazard et Pitre Rabu, chacun pour la moitié conjointement. Le 20 juin tout est réglé. Alphonse Liazard est loin d’être insolvable. Il habite le château de Plessis-Kaër en Crach, en bordure de la rivière de la Trinité ; Pitre Rabu est un nantais. C’est celui-ci qui réalisera en 1874 la prolongation du lotissement Corvasier, au delà de l’actuelle place Jean XXIII (rues Pasteur, Alphonse Guérin etc... ). On ignore tout de leurs intentions. Sans doute agissent-ils en ” spéculateurs” soucieux d’acquérir à bon compte des biens fonciers. Liazard cherchera en décembre 1865 à obtenir en concession une partie de la baie de l’Hermitage.

aaa Moins d’un an après l’acte de cession, Laizard considère l’assèchement comme achevé. Estimant que les chemins de ceinture n’ont aucun intérêt, il veut obtenir la cession à son profit de cette bande de 6 mètres. Les champs alentour ont tous une autre sortie; les rives présentent un escarpement important; cette bande de 6 mètres est une zone de rochers dénudés, sans valeur. Tels sont les arguments invoqués pour obtenir cette bande qui lui permettrait de ne pas clôturer sa propriété. L’ingénieur des Ponts-et-Chaussées est d’accord pour une cession au prix de 306 francs. Mais le préfet est plus réticent : il exige de Liazard d’obtenir un accord de chaque propriétaire riverain pour donner suite au dossier. L’affaire en restera là (4).

aaa Mais la Rabine ? Elle n’avance guère durant ce temps... C’est seulement le 24 mars 1887 que le conseil municipal vote les crédits pour prolonger la Rabine, de la Sentière au Pont-Vert, sur quelques 6343 mètres carrés. A la mi-décembre 1887 sont plantés les premiers arbres parmi lesquels figurent des chênes que les vannerais connaîtront encore juste après la seconde guerre mondiale. La passerelle remise en état après son effondrement de 1864 reste en place jusqu’en 1889 pour être remplacée par un “aqueduc à clapet” évacuant les eaux accumulées au pied de la digue dans un petit bassin d’attente.

aaa La construction d’une usine à gaz pour l’éclairage de la ville, à l’emplacement précis du reste arasé de la butte de Kérino sur la rive droite est autorisée par arrêté préfectoral du 18 mai 1866. Peu après, à quelques cent mètres de là, et à l’emplacement de la Sentière est édifiée la fonderie de Kérino qui perpétue le nom de la butte sur la rive droite. Le projet remonte à 1868, lorsque Jules Besqueut, maître de forge à Trédion et à Bieuzy-Lanvaux, et de Henri Virel, propriétaire de ces établissements décident d’éteindre leurs forges à bois de l’intérieur et d’installer à Vannes une fonderie de seconde fusion. Déjà Jules Besqueut possède depuis longtemps un dépôt sur la rive gauche pour la réception de son minerai d’Espagne et l’expédition de ses produits. Mais c’est sur la rive droite qu’ils installent leur usine destinée à produire tous les articles en fer et fonte que réclament aussi bien le bâtiment que l’ornementation, l’agriculture ou l’équipement des ménages, des descentes de gouttière aux croix de cimetière en passant par les poids pour les balances. Ils amènent avec eux une partie de leur personnel de Trédion qui s’installe dans de petites maisonnettes construites entre Trussac et la fonderie, au ras de l’ancien lais. Ainsi nait une communauté trédionnaise en ce lieu encore fort campagnard jusqu’aux années 1890. La rue de la Fonderie perpétue le souvenir de cet établissement disparu vers 1930 et qui employa jusqu’à 150 ouvriers. Des Vannetais se souviennent encore des jardins ouvriers . qu’aurait ,établis à proximité Mgr Gouraud par soucis de prophylaxie sociale... La société Férambal reprend le site en 1939 pour y transférer l’imprimerie sur métal qu’elle possède à Saint-Denis. L’activité ne débute qu’après-guerre mais est surtout consacrée à l’entrepôt des boites de fer blanc que Férambal fournit pour la conserve. Après la disparition de Férambal, la ville rachète une partie des bâtiments et les transforme en salle de sports. Le bâtiment en bordure de la rue de Lattre pourrait dater des origines de la fonderie. Il ne manque pas d’une certaine allure, tout comme le pignon d’entrée de l’usine flanquée d’une niche où l’on peut supposer que régnait un Saint Éloi, patron des métallurgistes. .

aaa Retour au Pont-Vert. Dès 1852, les Ponts-et-Chaussées ont en projet de prolonger le halage de la rive droite au delà de l’entrée du lais de mer de Trussac. C’est pourquoi cette administration rejette la demande de concession formulée par Le Boulicaud en 1852 d’établir à son profit un remblai au pied de la butte de Kéravélo. Le 7 avril 1866, la prolongation du halage est déclarée d’utilité publique. Il s’agit de construire une levée de, terre en pérré, joignant le Pont-Vert, c’est-à-dire le pied de la butte de Kéravélo à hauteur de l’actuelle rue François Rio jusqu’à la pointe des Emigrés. Autrement dit fermer la baie de l’Hermitage. Les travaux sont rondement menés, puisque dès 1872, en envisage l’aliénation des 32,59 hectares de l’ancienne baie (5). Cependant, Pitre Rabu qui souhaitait obtenir la concession de la baie se voit opposer un refus : les terrains sont réservés pour déposer les vases extraites du port de Vannes, et il est envisagé d’y constituer une réserve d’eau qui servirait à alimenter l’écluse que l’on envisage d’établir dans le goulet de Kéravélo , pour transformer le port en bassin à flot. En 1881, Vincent Rouillé effectue une démarche analogue auprès de préfet . Son projet est considérable : il souhaite construire une voie ferrée qui relirait l’extrémité amont du port de Moréac, empruntant la Rabine puis le chemin de halage jusqu’à la Pointe des Emigrés, et tirant droit vers Conleau sur un remblai établi au travers de la baie, pour couper enfin la rivière du Vincin...(6). Aussi demande-t-il la concession des quelques 111 hectares qui seraient ainsi soustraits aux effets de la marée. L’affaire dure plusieurs années mais n’a pas de suite, notamment en raison du refus de propriétaires du Vincin de perdre leur droit d’eau. Par contre , la mise en vente de la baie de l’Hermitage a bien lieu, ce qui laisse à penser que les Ponts-et-Chaussées ont abandonné l’idée d’y constituer une réserve d’eau. Les diverses adjudications ne trouvent pas preneur et les choses vont en rester là pour quelques temps.

Bernard ANDRE

SOURCES:
  • Archives départementales : 5 M 229, S 921, 1194, 1194, P 1045 et 1046.
  • Archives municipales : Cadastres de 1807 et 1843.
  • Registre des délibérations du CM
  • Carte particulière des Côtes de France. Baie de Quiberon et Morbihan. Edition de 1827 (carte marine).


NOTES :

(1) A la suite d’une pétition signée par des négociants vannerais en 1832, les Ponts-et-Chaussées ont envisagé l’élargissement du canal de Kérino. Sa trop faible largeur au fond, 10 mètres seulement, et ses bords en pierre inclinés rendent difficile le halage, des navires freinés par un mauvais écoulement des filets d’eau .

(2) La première mention de l’appellation PontVert pour désigner le pont de Kéravélo figure, à ma connaissance, sur un plan du 12 mars 1852 fournit par le Boulicaut à l’appui d’un dossier de demande de concession (ADM, S 1194). Peut être la passerelle établie quelques années auparavant au-dessus de l’entrée du lais de Trussac était-elle peinte en vert ? En tout cas, longtemps les deux noms de Kéravélo et de Pont-Vert coexistent dans les textes .

(3) Il est probable que depuis son abandon le lais de mer s’est considérablement envasé rendant plus aisé son assèchement .

(4) Il faut bien comprendre que si les parcelles disposaient effectivement d’un accès par le chemin de Trussac à Kéravélo, elles disposaient aussi d’un libre accès par le lais de mer du temps où celui-ci relevait du domaine public maritime sur lequel la circulation est libre. L’établissement de ce chemin de ceinture perpétuait le droit à la circulation, et donc une possibilité de division parcellaire avec accès par le bas. Le problème n’était pas de desservir une future division parcellaire du lais acquis par Liazard et Rabu.

(5) Parallèlement est creusé le chenal actuel qui suit le halage depuis la pointe des Emigrés jusqu’au Pont Vert, pour couper le grand coude qui s’en allait vers Arcal sur la rive gauche.

(6) Déjà en 1862, un dénommé de Dalmas souhaitait établir une digue entre Langle et Conleau pour assécher les marais et créer un port accessible aux grands navires.

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